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Thibaut MARION : persévérer dans un métier soumis à l’imprévisible

  • 20 mars
  • 3 min de lecture

Dans l’imaginaire collectif, le monde du vin évoque souvent le patrimoine, le prestige et la tradition. Mais derrière ces images se cache une réalité entrepreneuriale bien plus complexe. Entre aléas climatiques, pression administrative et décisions solitaires, diriger une maison viticole demande une capacité d’adaptation permanente.


C’est ce que raconte Thibaut MARION, vigneron en Bourgogne et dirigeant de la maison Seguin-Manuel que j’ai eu le plaisir d’interviewer.


Fondée en 1824, cette maison de négoce repose sur un modèle typiquement bourguignon : celui du négociant-éleveur. Une partie des vins provient des vignes exploitées directement par l’entreprise, tandis qu’une autre est élaborée à partir de raisins ou de moûts achetés auprès d’autres producteurs. Une organisation qui permet de proposer une large gamme de vins de Bourgogne.


Lorsque Thibaut reprend l’entreprise il y a une vingtaine d’années, la situation est pourtant loin d’être simple. La maison traverse une période financière délicate et tout reste à reconstruire.

« Les deux premières années ont été terribles », se souvient-il. « Je me suis vraiment demandé si j’allais réussir. »


Comme beaucoup de dirigeants au début de leur aventure, il découvre la réalité de la responsabilité entrepreneuriale : prendre des décisions seul, avancer sans garantie de succès, et construire sa légitimité au fil des actions.


Dans son métier, l’incertitude est d’autant plus forte que la nature joue un rôle déterminant. Les vendanges ne se contrôlent pas et les cycles de production sont longs. Entre la récolte du raisin et la vente du vin, il peut s’écouler plus d’un an.


Ces dernières années, le changement climatique accentue encore cette imprévisibilité. En 2024, son domaine connaît la plus petite récolte depuis vingt ans.

« Dans notre métier, on ne peut reconstituer ses stocks qu’une seule fois par an. Quand la récolte est mauvaise, l’impact se ressent immédiatement. »


Pour limiter ce risque, l’entreprise s’appuie sur le modèle traditionnel du négoce bourguignon, qui permet de compléter la production du domaine par des achats de raisins ou de moûts. Une stratégie qui apporte davantage de stabilité.


Mais au-delà des défis techniques et économiques, c’est souvent la dimension humaine du métier qui marque le plus les dirigeants. Avec le temps, Thibaut reconnaît avoir pris conscience de l’importance de l’ambiance et des conditions de travail au sein de l’entreprise.

« Au début, j’étais très concentré sur le développement de la société. Avec l’expérience, j’ai compris que l’équilibre de l’équipe est tout aussi essentiel. »


Aujourd’hui, l’entreprise compte sept collaborateurs permanents et exporte près des trois quarts de sa production dans une trentaine de pays.


En 2024, un moment symbolique vient marquer le chemin parcouru : la maison Seguin-Manuel fête ses 200 ans d’existence, et lui-même célèbre vingt ans à sa tête.

Un instant de pause dans un quotidien où les dirigeants prennent rarement le temps de regarder en arrière.

« Ce moment a été une vraie satisfaction. Voir le chemin parcouru, partager cela avec nos équipes, nos clients et nos partenaires… c’était important. »


À ceux qui imaginent l’entrepreneuriat comme une trajectoire parfaitement maîtrisée, Thibaut rappelle une réalité plus nuancée : avancer demande souvent de la persévérance, de la constance et la capacité d’accepter l’incertitude.


Aujourd’hui, son ambition reste simple : continuer à développer une entreprise à taille humaine, alignée avec ses valeurs et avec le plaisir de faire un métier qu’il aime.

« Chaque matin, je suis heureux de me lever pour aller travailler. »


 
 
 

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