Léo Delhon : “Mon travail, c’est de gérer les difficultés”
- veroniquebioret
- 12 janv.
- 2 min de lecture
À première vue, Litha Espresso incarne une success story engagée : un café de qualité, une torréfaction artisanale co-créée avec un Meilleur Ouvrier de France, une démarche éco-responsable poussée jusqu’à réduire de 70 % les émissions de CO₂, et un réseau de 55 franchisés partout en France.
Derrière cette image solide, il y a pourtant une réalité bien plus nuancée.
Léo Delhon, président de Litha Espresso, ne cultive pas le mythe du dirigeant inébranlable. Après 20 ans d’entrepreneuriat, il affirme au contraire que le doute fait partie intégrante du rôle.
« Je doute tous les jours. Je prends environ 50 décisions par jour, sans jamais être sûr à 100%. »
L’un des défis les plus lourds aujourd’hui n’est ni la concurrence ni l’augmentation du prix du café (pourtant en hausse de 75% en deux ans) mais bien l’humain. Une ou deux situations peuvent mobiliser l’essentiel de son énergie, fragiliser les équipes et ralentir l’ensemble de l’organisation.
Depuis le Covid, Léo observe également une fragilisation psychologique plus marquée chez certains collaborateurs. Des situations qui, parfois, dépassent clairement son rôle.
« À certains moments, il faut être lucide. Ça dépasse mes compétences. Ce n’est plus du management, c’est autre chose. »
Pour autant, il ne se positionne pas en victime de son rôle. Pour lui, être dirigeant, c’est accepter d’être le dernier maillon de la chaîne, celui qui absorbe les problèmes que personne d’autre n’a pu résoudre.
Face à la pression, Léo s’appuie sur des piliers simples mais non négociables : le sport, l’hygiène de vie, le développement personnel et surtout la connaissance de soi. Il sait aujourd’hui où sont ses forces, et délègue ce qui ne relève pas de sa zone de génie.
Il a aussi appris à arrêter ce qui ne fonctionne pas, même lorsque l’idée semblait prometteuse au départ. Une décision difficile, mais nécessaire pour préserver l’avenir de l’entreprise et ouvrir de nouvelles voies plus durables.
Curieusement, la fierté n’est pas ce qui vient spontanément chez lui. Sa vision long terme l’empêche souvent de célébrer les victoires. Pourtant, en prenant du recul, une évidence s’impose :
« en cinq ans, Litha Espresso a contribué à la création de plus de 60 entreprises indépendantes et à la construction d’un collectif engagé. »
Quant à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, Léo refuse les discours idéalisés. Selon lui, lorsqu’on choisit une ambition forte, il faut accepter de faire des choix. Il travaille beaucoup, mais sans ressentir de souffrance, car son entreprise est profondément alignée avec ses valeurs.
Cette interview rappelle une chose essentielle :
Derrière chaque dirigeant qui “réussit”, il y a des doutes, des limites, des décisions lourdes… et une humanité que l’on ne montre que trop rarement.



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